CONFINEMENT : UNE PAUSE FORCÉE, UNE REMISE EN QUESTION SALUTAIRE ?

l'équipe -TSE/ avril 29, 2020/ Nos rendez-vous

Nous sommes dans le deuxième acte de cette drôle de période. Les inquiétudes et les incertitudes du prochain déconfinement s’annoncent déjà.

Comment penser ce temps, ce passage ?

Le confinement est un temps suspendu, un hiver, un temps de jachère forcé et brusque. Pour certains le travail continue à distance et devient même encore plus présent. Pas de cadre spatio-temporel bien défini et imposé, chacun se trouve face à ses responsabilités et ses liens de loyauté. La question de la limite se pose dans ce temps flou. Où sont mes limites ? Est-ce que je m’autorise à les poser ? Sont-t-elles respectées ?

Pour d’autres se rajoute une famille, des enfants à gérer, une cohabitation parfois difficile, envahissante, rajoutant encore des tâches à un quotidien déjà chargé. Le temps flou et mou demande à être organisé, circonscrit. Comment faire pour que chacun puisse bénéficier d’un espace-temps satisfaisant ? Comment cohabiter ? Sans parler des familles dysfonctionnelles, des conjoints violents.

Pour d’autres encore, c’est l’expérience du vide qui est faite. Chômage technique, personnes entre deux contrats, isolement social… Plusieurs manière de réagir au vide : le remplir par des tâches que l’on s’impose, une agitation, de la nourriture… Ou bien l’accueillir avec tout l’inconfort qu’il peut susciter chez nous : envahissement des pensées, résurgences émotionnelles, anxiété, désœuvrement… Cela va être différent pour chaque personne. Que représente le vide, l’absence d’obligations, que représente l’absence et comment je le vis ?

Pour les personnes au chômage technique, se pose aussi la question de l’utilité ? A quoi je sers ? Certains de mes collègues continuent à travailler et moi non. Le sentiment de culpabilité peut aussi se manifester pour ces personnes : quand mon entreprise rouvrira, mes collègues reviendront fatigués de leur travail et moi je n’aurai rien fait. Pour autant cette période n’aura pas été des vacances.

On peut enfin ajouter le fait que la situation est incertaine et l’avenir proche assez flou, et cela concerne tout le monde. Nous nous trouvons face à un vide qui peut rapidement se remplir de nos projections anxieuses.

Accueillir, accepter, transformer

En se confrontant à ce ralentissement, cette période de pause forcée, en l’accueillant à bras ouvert, en acceptant et accueillant les peurs qu’elle révèle, on peut peut-être se rencontrer soi ?

Au début, cela peut être inconfortable, voir angoissant car le mental s’affole : « qu’ais-je à faire ? Où dois-je aller ?Comment m’occuper ? » Rien à faire, l’espace s’est réduit, les occupations et loisirs sont limités.

On peut décider de voir ce confinement comme une opportunité, une chance pour penser ce que l’on repousse toujours, pour vivre les émotions que l’on repousse sans cesse, pour découvrir ce qui est essentiel pour nous. Bien sûr, vivre les transitions est toujours difficile car le mental veut contrôler et dans ce cas il ne contrôle rien, ce qui l’affole.

Dans ce cas, je préconise toujours de revenir au corps. D’abord parce que cela permet de calmer le mental, ensuite parce que cela permet de s’ancrer dans le temps présent, dans la réalité et donc d’apaiser l’anxiété, enfin, parce que cela permet de repérer, de comprendre et donc de mieux gérer ses émotions. Qu’est-ce que notre corps a à nous dire ?

L’écoute corporelle pour accompagner les moments de changements, de transition, de vide et d’incertitude.

L’exercice peut être simple, mais il est nécessaire de s’y tenir. 21 jours me paraît une durée intéressante, c’est le temps d’un cycle de renouvellement cellulaire.

Le but est de laisser parler son corps et de l’écouter. Au début, vous n’entendrez peut-être rien, la patience est nécessaire dans ce processus, imaginer le temps que met une graine pour germer et faire une pousse.

  1. Prenez un moment, allongez vous, ou asseyez vous les deux pieds à plat sur le sol. Observez votre respiration. L’air qui entre et qui sort, sa rythmicité. Posez une main sur votre poitrine : percevez-vous les battements de votre cœur ?
  2. Considérez votre corps dans son ensemble : « as-tu quelque chose à me dire ? » il y a t-il des douleurs ? Des tensions ? Des sensations corporelles qui se manifestent ? Pouvez-vous les localiser? Acceptez ce qui vient ou ne vient pas.
  3. Vous pouvez bouger, vous étirer, lentement, en laissant venir les mouvements qui vous font plaisir. (étirements doux, danse, observez comment vous prenez l’espace autour de vous avec votre corps) Comment votre corps s’articule ? Il y a t-il des raideurs, douleurs ? Prenez vous plaisir et facilité à vous mouvoir ? Encore une fois acceptez ce qui vient ou ne vient pas.
    Observez si des émotions, pensées, souvenirs vous viennent lors de cet exercice.
  4. Vous pouvez ensuite tenir un « journal du corps ».
    Chacun des 21 jours, notez :
  • notez le cadre spatio-temporel (ex : matin, temps ensoleillé, allongé sur mon canapé).
  • notez tout ce qui est venu à vous : douleurs, tensions, détente, émotions, pensées, souvenirs….
  • notez un détail de la journée (ex : j’ai fait un gratin de courgettes, j’ai regardé un beau film, mon fils a mis un lego dans son nez…)
  • notez votre intention, ce que vous vous souhaitez pour le reste de votre journée, ou pour votre nuit si vous faites l’exercice le soir (ex : faire de beaux rêves, avoir une conversation téléphonique avec un ami, me détendre…)

Si vous en avez envie, vous pouvez noter d’autres éléments. Ou bien,dessiner, coller des images, laisser s’exprimer votre créativité.
Vous verrez que jour après jour, le dialogue avec votre corps deviendra plus aisé.

« Pour prendre plaisir, pour prendre le pouvoir, c’est à dire pour assumer et exercer son propre pouvoir, son pouvoir sur la vie, sur sa vie, il faut d’abord prendre conscience de son corps. »

Thérèse Bertherat _ Le corps a ses raisons.

Laurence Bertaud
Psychomotricienne, Art-Thérapeute.

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