BURN-OUT : COMPRENDRE ET TRANSFORMER

l'équipe -TSE/ avril 11, 2021/ Nos rendez-vous

Les médias, les médecins, les collègues, la famille et les amis n’ont plus qu’une seule question à vous poser : « Tu t’es fait vacciner ? »

Toute notre attention est focalisée sur la COVID, le vaccin, les chiffres (nombre de lits occupés, nombre de cas, nombre de vaccinés, etc.)

Or la vie en entreprise (ou en télétravail) continue, s’adapte tant bien que mal. Sous prétexte de prendre (enfin) soin de la santé des salariés, on les isole pour leur bien, on les muselle, interdiction de se rassembler, interdiction de se rapprocher. On peut échanger mais avec les gestes barrières (quelle drôle d’expression !), travailler en équipe mais chacun chez soi, continuer à produire avec toutes ces contraintes supplémentaires et ces injonctions contradictoires.

Ce n’est pas parce que nous ne parlons plus de la souffrance au travail qu’elle a disparu.

Pas le temps d’en parler ? Ca n’est plus la priorité ? C’est vous qui avez les réponses.

Pour cette « newsletter » du mois d’avril, Laurence BERTAUD, adhérente de TSE, nous parle dans un texte touchant et très personnel des Burn-out qu’elle a affrontés et vaincus.

Après la lecture de ce très beau texte, je ne saurais que vous conseiller de lire ou de relire un petit livre de Stéphane HESSEL : INDIGNEZ-VOUS.

.Pascal DESBOUCHE

A bientôt

Bises

travailler en équipe mais chacun chez soi

Prendre soin de l'autre commence par prendre soin de soi! J'ai envie de
vous partager mes expériences du burn-out, de ce que j'ai appris de ces
expériences.

La première fois que je suis tombée, je pensais que je me remettrai vite, que c’était une question de VOLONTE. Je me disais aussi que je ne n’avais PAS LE DROIT au travail. En tant que soignante je n’avais pas le droit de craquer, je devais rester forte, « PRENDRE SUR MOI ». 


Prendre quoi sur moi ? La souffrance des autres ? J’étais psychomotricienne en gériatrie, je vivais ce burn-out comme un échec, comme une honte : 

Je n’avais pas été assez bonne soignante, assez forte, pour résister aux
attaques de la vie, de la souffrance, de la maladie.

prendre soin de soi

Au début, j’ai refusé l’arrêt de travail car je ne m’estimai PAS ASSEZ MAL
pour le MÉRITER. Mon curseur : tant que je tenais debout, je devais
travailler. J’ai été adressé à un centre psychothérapique par mon médecin.
Là, l’infirmière psy m’a parlé de syndrome anxio-dépressif, d’épuisement
et je me suis effondrée. Cela m’a touchée, m’a parlé au fond de moi, à
mon moi profond. Ma souffrance était RECONNUE. 

J’ai fini par accepter l’arrêt de travail et le soin proposé car mes crises
d’angoisses me faisaient annuler des rendez-vous pour me réfugier dans
les toilettes. Car j’étais tellement épuisée que je m’endormais en relève,
en faisant mes prises de notes, mais je dormais difficilement la nuit. La
veille d’aller travailler, l’angoisse montait. Elle s’intensifiait le lendemain
matin quand je franchissais les portes de mon lieu de travail.

Dans mon corps, je me sentais comme paralysée, engourdie. Mes muscles
se contracturaient, mes articulations étaient douloureuses. Petit à petit,
une chape de plomb m’envahissait, je perdais mes forces, je n’arrivais
plus à manger sur mon lieu de travail, je n’arrivais plus à me concentrer,
j’avais l’impression de perdre pied, de devenir folle, de plonger dans un
cauchemar. Il me semblait que l’horizon était bouché, sans avenir.
J’ai fini par accepter mes faiblesses, mon humanité et aussi ACCEPTER
L'AIDE. Mais cela n’a pas duré.

- D’abord parce que je culpabilisai d’être en arrêt de travail et de
coûter de l’argent à la société.
- Ensuite, parce que j’étais dépendante du REGARD DES AUTRES sur
moi. Je suis rapidement retournée au travail, sans
accompagnements, sans reprise progressive.

Je ne me suis PAS ECOUTEE. J’ai écouté les injonctions familiales et
sociales. « Quand reprends-tu le travail ? » « Les patients demandent de
tes nouvelles ! » « Tu vas faire quoi si tu n’es plus soignante ? » « Il faut
que tu reprennes vite le travail sinon ils vont te licencier ». Mon directeur​
m’a même demandé de le rassurer sur le fait que mon arrêt de travail
n’était pas à cause de lui...et je l’ai fait !

Dans mon éducation, on m’a appris à ne pas se plaindre, ne pas s’écouter,
tenir coûte que coûte. Certaines phrases restent ancrées profondément
dans l’esprit d’un enfant, surtout lorsque c’est une figure d’autorité qui les
répètent : « il ne faut pas trop s’écouter », « il faut prendre sur soi », « il
ne faut pas se laisser le choix », « quand on veut on peut » « tu devrais
être heureuse ». J’appelle ces injonctions les PHRASES ASSASSINES, car
elles tuent l’identité profonde, effritent l’estime de soi, nient la réalité
émotionnelle de l’individu.
Alors, obéissant à ces injonctions familiales devenues miennes, je suis
repartie au travail. Je me sentais un peu reposée, mais au fond de moi
toujours aussi déprimée, avec des affects d’auto-dévalorisation et des
angoisses.

J’ai changé plusieurs fois d’employeurs, me disant que c’était peut-être le
lieu qui ne convenait pas. Mais j’ai continué à travailler en gériatrie, avec
la démence, la perte et la mort ; avec le manque de moyens, de
reconnaissance.

J’ai vécu un deuxième burn-out, plus fort que le précédent. Je suis
retournée en centre de soin. J’ai PRIS LE TEMPS de me soigner, de vivre
mes émotions, de les accepter et les comprendre. J’ai préparé mon retour
au travail, me battant contre l’incompréhension de mes supérieurs. J’ai
PRIS CONSCIENCE du manque de reconnaissance, de soutien, du sabotage
(plus ou moins conscient) exercé par ma direction. J’ai aussi pris
conscience que j’avais ma PART DE RESPONSABILITE dans ce processus
car j’avais tout accepté : les heures supplémentaires non payées non
récupérées, les réunions sur les pauses déjeuner, la confusion des
tâches... J’avais accepté tout cela sans rechigner, pensant que cela faisait
de moi un meilleur élément. Sacrifiant à la culture particulière de mon
institution où les personnes épuisées par le travail étaient valorisées par
leurs collègues. Mon éducation m’avait formatée dans ce sens et cela
renforçait mes fausses croyances et mes blessures.

Finalement...
Il aura fallu deux burn-out pour que je comprenne que je pouvais créer
ailleurs. Pour que je comprenne que je pouvais me libérer du contrat de
loyauté envers mes patients et mes supérieurs. J’ai fait l’expérience totale
de l’HUMILITE, j’ai ACCEPTE D’ÊTRE FAILLIBLE, et cela n’a pas été une
honte pour moi.

Renoncer, changer, se remettre en question n’est pas une preuve
d’instabilité et de lâcheté, c’est une preuve de MATURITE et
d’ADAPTATION. Ce processus est toujours en cours.
Ce que je retiens de ces expériences, c’est que le burn-out est rarement
totalement lié au milieu professionnel. Il remet en question l’individu dans​
sa structure profonde : identité professionnelle et personnelle, image du
corps, estime de soi, capacité à rêver, penser, élaborer.

Le burn-out peut être professionnel, mais aussi EMOTIONNEL. Pour ma
part, il était à la fois l’un et à la fois l’autre. J’ai dû reconnaitre et accepter
d’être hypersensible, hyper-empathique, hyperémotive. Je travaille encore
sur cette acceptation et le fait que vivre dans ce monde me demande des
aménagements plus grands que la plupart des gens. Je travaille à faire de
ces TRAITS UNE FORCE.

Traverser une crise permet aussi de se réinventer, de se questionner sur
ses motivations profondes, sur son chemin de vie, de partir à la
découverte de qui on est vraiment. C’est aussi une OPPORTUNITE de se
connaître et de rectifier la trajectoire de sa vie de manière à vivre au plus
juste avec soi-même. Toute crise est une opportunité de CHANGEMENT.
Encore faut-il être accompagné de manière juste et adaptée et surtout
pouvoir accepter l’aide et la transformation. Pour cela, l’accompagnement
ne peut se faire sur un seul plan, mais il doit être le plus GLOBAL possible :
corporel, émotionnel, psychique, environnemental.

Voilà ce que j’ai compris et vécu au travers de mon expérience.
C’est pourquoi j’ai à COEUR D'ACCOMPAGNER les personnes dans l’écoute
et la connaissance d’elles-mêmes. Les aider à se soigner, en recrutant
leurs propres capacités d’auto-guérison.

Je les accompagne dans la TRANSFORMATION de ce vécu difficile avec des
soins globaux et bienveillants, les soins que j’aurais aimé recevoir et que
j’ai parfois reçus lorsque j’étais en pleine tempête.

 

 

Laurence BERTAUD
Energéticienne – Psychomotricienne
https://soincorpsamegmail.wordpress.com/
https://www.facebook.com/soincorpsame/

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